Hôtel Meurice, 28 février 2008, 15h00 : je suis en montage de spectacle dans un grand hôtel parisien qui accueille des performances pour un festival. Je ne suis pas sur la place du Palais Royal, où des artistes se sont réunis pour réagir aux larges coupes du gouvernement dans le budget de la culture. Je me prépare à jouer quand certains réclament au nom de tous des moyens de continuer à travailler. Je joue dans un endroit luxueux quand la danse contemporaine est dans la rue.
Un arrière-goût de déjà vu.
Je me rappelle 2003 avec l'annulation du festival montpellier danse et du festival d'Avignon en soutien aux actions des intermittents du spectacle face à la réforme de leur régime d'indemnisation chômage. Je me rappelle cette douloureuse question : faut-il annuler les représentations, n'y a-t-il pas d'autres moyens de se faire entendre, est-on obligé de se tirer une balle dans le pied. Je me rappelle mars 2006, je suis étudiant au cndc à Angers, on décide d'annuler le premier jour d'ouverture publique de nos travaux pour marcher contre la précarité du "contrat premier emploi" proposé par le gouvernement ; et Loïc Touzé initiant dans la manifestation des "masses" où les individus se rapprochent et se tiennent les uns contre les autres pour déposer ensemble leur poids au sol. Comme une réponse en corps à un projet de société où les indigents se contenteraient de revêtir les uniformes interchangeables que leur tendent de grands oligarques qui jouent à Playmobil. La régression est en marche en France. Et on voit les effets de ce qui se trame depuis quelques années en matière de culture, le spectacle voit tous les jours des gens quitter le métier. L'opération d'éradication du "trop d'artistes en France" fonctionne. On en dirait autant en matière de santé, d'éducation, de recherche. Et on sent le retour à un paternalisme étatique qui cherche à diviser pour mieux régner.
Alors quoi ? faire un mai 2008 après mai 68 ? ça tombe bien, c'est les 40 ans de l'événement mais, même si j'en sens l'héritage, ça ne fait pas sens pour moi. Je suis né en 1977, deux ans après la dépénalisation de l'avortement, quatre ans avant l'abolition de la peine de mort en France. A chaque époque ses questions, à chaque génération ses référents. Mais je retiens quand même de ce temps-là où je n'étais pas né que la vraie contre-force réside dans la transversalité des revendications, intergénérationnelles, interprofessionnelles, interindividuelles, pour gonfler le nombre des opposants, puisque c'est maintenant en chiffres que tout doit se dire. S'ouvrir donc à l'extérieur et regarder ailleurs, profiter de la globalisation, de la mondialisation pour en tirer avantage, faire circuler l'information, et profiter de celle que nous donnent les autres. Je fais partie d'une génération qu'on dit facilement désengagée, je me sens en tout cas engagé à chercher comment lutter contre l'asthénie dans laquelle on voudrait nous voir.
Jean-Baptiste Veyret-Logerias
avril 2008
texte commandé par la revue portugaise OBSCENA
adaptation solo de My Country Music de Deborah Hay, 30.06.06-01.07.06 au Parc de la Villette
(c) Pierre-Emmanuel Rastoin
contact
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association la dépose
siège social c/o Thomas Guillemin 31 rue Orfila 75020 Paris
mail ~ la.depose@gmail.com
SIRET 494 067 762 00018
APE 9499Z
président Thomas Guillemin, secrétaire Raïssa Kim,
trésorière Anne-Laure Belloc
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mercredi 6 août 2008
dimanche 22 avril 2007
inspiratoire/aspiratoire
émis par
jean-baptiste veyret-logerias / association la dépose
à l'adresse
23:02
J'ai voulu partir de la respiration, du va-et-vient de l'air en nous comme matière première de ce travail ; et transformer ce mouvement, le triturer, le faire dériver, le colorer par sa confrontation à d'autres matières : vocales, textuelles, dansées. Pour m'accompagner dans cette recherche d'inspiration, d'expiration, j'ai choisi le souffle artificiel de machines, d'aspirateurs-souffleurs, pour en croiser les aspects à ceux de la respiration humaine, et jusqu'à atteindre - peut-être - une dimension musicale.
collaboration artistique Cristián Sotomayor
accompagnement et bons soins Anne Lenglet et Margot Videcoq
avec le soutien de micadanses - Paris, la malterie - Lille, et Nilfisk fournisseur de matériels et d'équipements de nettoyage industriel
remerciements Le Plateau / FRAC Ile-de-France, Centre national de la danse - Pantin, cndc centre national de danse contemporaine Angers
un work in progress a été présenté le 19 avril 2007 à la malterie à Lille (FR) ; une autre expérience des matières s'est déroulée les 26 et 27 septembre 2007 au festival Le Volapük / Théâtre à cru à Tours (FR).
(c) Elise Jouvancy
vendredi 23 mars 2007
danse et direction de choeur
émis par
jean-baptiste veyret-logerias / association la dépose
à l'adresse
22:04
Jean-François Sénart, dans Le geste musicien, chapitre III, écrit :
"Ce geste [du chef de choeur ou d'orchestre] traduit pour les yeux des exécutants une réalité sonore qui va se dérouler dans le temps. Nous savons bien que la danse procède également de cette même réalité spatio-temporelle. Mais il y a une différence de taille entre les deux situations. Chez le danseur, la musique est le moteur du geste tandis que, pour le chef, c'est le geste qui est à l'origine des sons émis. Le geste de direction est une incitation, ou mieux, une invitation, à produire des sons."
C'est justement cet endroit entre les deux positions du danseur et du chef de choeur qui m'intéresse. Rendre floues ces deux positions qui se croisent chez moi et n'en forment parfois qu'une. Quand je dirige un choeur je suis tendu vers une production de sons, mon mouvement amène le son. Quand je danse, il arrive - il arrive seulement - que mon corps soit mu par la musique, le son amène le mouvement. Je pense à Deborah Hay, le corps musical, la danse comme une musique du corps, comme un jeu rythmique, comme relation musicale à l'espace.
Il m'arrive de diriger en dansant, de danser en dirigeant, mon corps n'est pas seulement dans l'une ou l'autre activité. Ce n'est qu'une différence de nature de conscience activée au moment où le geste est produit. Je navigue, de l'une à l'autre conscience, parce qu'elles ne transmettent pas la même chose au choeur, et que le son produit ne peut pas être le même. Par le simple fait que je déplace ma propre attention, l'interprétation qu'en fait le choeur n'est sans doute pas la même. De la même façon quand je danse j'utilise les codes de la direction parce qu'ils ouvrent un autre espace, une autre relation à l'espace.
vendredi 9 mars 2007
chambre son
émis par
jean-baptiste veyret-logerias / association la dépose
à l'adresse
17:17

la danse me fait sans cesse remettre en jeu mon poids /
la direction de choeur me fait éprouver un poids du son à soutenir pour permettre aux chanteurs de projeter leur voix dans l'espace /
le lien était fait entre danse et chant /
je voulais donc un choeur, de danseurs qui chantent, de chanteurs qui dansent /
sans hirérachie : l'endroit du son comme une source de mouvement, l'endroit du mouvement comme générateur de son /
je me suis penché sur l'écriture d'une partition commune, vocale et dansée, dans laquelle chaque interprète à la fois est autonome et fait corps avec les autres ; chacun adapte sa partition à celle - perpétuellement réactualisée - des autres /
chambre son a été réalisée le 29 mars 2006 au cndc à Angers avec
lorenzo de angelis, steven champs, gaëlle curto, madeleine fournier, pep garrigues, élie hay, aline landreau, anne lenglet, margot videcoq
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